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Interview de Caroline Bailly

 

Fin juillet 2005 Caroline Bailly remportait le dernier Championnat de Belgique, un titre très encourageant dans la perspective d’une carrière professionnelle naissante. Mais la Liégeoise a choisi une toute autre voie en allant étudier à l’Université du Nevada. Elle n’a pas rangé ses raquettes au placard, loin de là, puisque c’est grâce à une bourse sportive qu’elle a pu débarquer à Reno.

Lors de notre dernière interview, tu venais de remporter les défunts championnats de Belgique et tu t’apprêtais à te lancer à temps plein sur le circuit professionnel. Un an plus tard, tu as décidé de laisser tomber. Que s’est-il passé durant cette année ?

Cette année-là coïncidait aussi avec la fin de mes études secondaires. Chez les juniors, lorsque je perdais un match, ça ne me touchait pas trop. Je savais que le lendemain, je retournerais à l’école, je reverrais mes amies et je pourrais penser à autre chose. Lors de ma première année professionnelle, je n’avais plus de contact avec le monde extérieur. Le tennis occupait toute ma vie et, dès lors, j’ai commencé à me mettre trop de pression et a très mal vivre mes défaites. Et puis il y a aussi le fait que j’étais plutôt douée à l’école. J’avais les capacités pour aller à l’université et faire une belle carrière alors que rien ne pouvait m’assurer de réussir dans le tennis. Après une première année assez moyenne, j’ai donc décidé d’arrêter et de choisir la sécurité en reprenant mes études.


© Caroline Bailly
Tu t’es ensuite tournée vers des études universitaires aux Etats-Unis. Qu’est-ce qui t’a amené à cette décision ?

Lors d’un tournoi aux Pays-Bas en juin 2005, j’ai rencontré Julie Coin, une Française qui venait de terminer ses quatre années d’étude aux Etats-Unis et qui est aujourd’hui classée aux alentours de la 250e place à la WTA. On a longtemps discuté de son expérience. Je ne savais même pas que ça existait mais la façon dont elle m’en a parlé m’a donné envie de faire la même chose. Je n’ai jamais arrêté d’aimer le tennis mais je savais que j’avais besoin de quelque chose à côté comme des études par exemple.

Quels sont les avantages à faire ses études aux Etats-Unis ?

Là-bas, on peut poursuivre des études et jouer cinq fois par semaine. En Belgique, il est impossible d’aller à l’université et de garder un bon niveau de tennis. Et puis, avec une bourse complète, tout est gratuit : l’inscription, le logement, la nourriture. Tous les soins en cas de problème physique sont pris en charge. Les raquettes, cordages et vêtements sont aussi fournis par l’université. Les déplacements pour les rencontres du week-end sont compris également. En gros, je ne dois payer que les billets d’avion pour rentrer voir ma famille.

A quoi ressemble une journée type d’un sportif universitaire ?

Je me lève à sept heures. Je fais de la musculation de 8h à 9h15 puis je vais en cours jusque 11h30. Ensuite je mange puis je joue au tennis de 13h30 à 16h. Il y a encore une heure de physique après puis encore des cours de 17h30 à 18h45. Au soir, j’étudie ou je fais de la relaxation.

C’est une journée bien chargée. Tu as quand-même le temps d’avoir des hobbies ?

Oui, j’ai quand-même du temps libre, surtout pendant le semestre d’août à décembre. En été, on va à la plage, au Lake Tahoe qui n’est pas très loin. En hiver, on va au cinéma ou on organise des petites fêtes dans les appartements. Et puis on adore s’encourager entre sportifs. Je vais donc parfois regarder les matchs de baskets.

Comment se déroulent les compétitions ?

Au premier semestre, à part quatre ou cinq tournois individuels, on ne fait que s’entraîner. La saison la plus importante est celle des rencontres universitaires qui a lieu de janvier à avril. On y dispute plus ou moins 25 matchs par équipe, au moins deux par week-end, parfois plus mais c’est rare parce que ça nous oblige à rater des cours. Les rencontres commencent par trois doubles. L’équipe qui en remporte au moins deux obtient un point. On dispute ensuite six simples qui valent chacun un point.

Quel est le classement de ton équipe ?

Mon équipe a terminé la saison à la 66e place. Le classement est un peu compliqué à comprendre, même moi je m’y perds un peu. Il y a 300 équipes en division I mais 75 seulement sont classées. Ce sont les coachs qui organisent le calendrier en fonction de la longueur des déplacements et du niveau des équipes. Ca rapporte beaucoup plus de points de battre une équipe classée mais le principal est de terminer avec plus de victoires que de défaites.

Le niveau général est-il élevé ?

Dans les équipes du Top 20, oui. Leurs quatre premières joueuses ont un niveau de série A belge. On joue chaque année contre l’équipe de Fresno qui a terminé 13e cette année. En 2006, j’ai joué contre leur première joueuse, Mélanie Gloria. Elle était dans le top 250 mondial et avait déjà battu Hantuchova ! Maintenant, il y a des équipes non classées très faibles dont la meilleure joueuse vaut tout juste B-15. Le niveau est donc très différent d’une équipe à l’autre.


Caroline et sa partenaire de double
© Caroline Bailly
Quels sont tes résultats et ton classement ?

La saison passée, j’ai joué tout le temps en première joueuse et je n’ai perdu que quatre match. Cette année, on a recruté une jeune Russe, Maria Miziouk, qui a été n°1 des moins de 16 ans en Europe il y a trois ans. J’ai donc joué deuxième pendant 15 matchs puis je suis redevenue première pour les dix derniers matchs. Sur toute l’année, j’ai perdu huit matchs en simple et cinq en double avec Maria. Au classement individuel, je suis proche de la 100e place.

L’ambiance est bonne dans l’équipe ?

J’ai sept coéquipières et je m’entends vraiment très bien avec certaines d’entre elles, je connais moins bien les autres. Je m’entraîne vraiment beaucoup avec Maria et je joue tout le temps en double avec elle. Sinon, en dehors du terrain, celle dont je suis le plus proche est Audrey Bardot, une Parisienne qui m’a beaucoup aidé à mon arrivée à l’université. On est devenue amie et on s’arrange en général pour revenir ensemble en Europe. On a même été à Roland-Garros cette année. En tout cas, l’ambiance est très différente que sur le circuit car on joue en équipe et les filles veulent que tu gagnes et que tu progresses. Je ne retrouve pas cette jalousie malsaine qu’on peut ressentir sur les tournois ITF.

Quelles sont les différences fondamentales entre la vie aux Etats-Unis et la vie ici ?

La vie là-bas est beaucoup plus cool. Au niveau de l’université, les profs sont beaucoup plus disponibles et accessibles. Il est plus facile de réussir mais le niveau est très élitiste également. Par exemple, je fais des études de biologie pour pouvoir ensuite faire médecine ou dentisterie. Mais je ne serai reprise en médecine que si j’obtiens un très bon score en bio. Réussir avec 70% ne représente rien et ne mène à rien. Au niveau sportif, ils n’ont qu’un mot : « travail ». Ce sont les rois du travail et ils répètent sans arrêt que la recette du succès dans n’importe quel domaine est le travail.

Le drame de Virginia Tech a dû secouer les campus américains. Comment as-tu vécu ça ? Quelle a été la réaction des universitaires américains ?

On a senti un grand rassemblement patriotique ici, comme d’habitude lors de ce genre de drame aux Etats-Unis. Dans mon université, ils ont organisé une cérémonie et on a reçu une broche aux couleurs de Virginia Tech.

Comment vois-tu ta vie après l’université ? Reviendras-tu en Belgique ?


Toute l'équipe de Caroline
© Caroline Bailly

L’université finance mes études pour accomplir mon « bachelor » de bio. Au bout de ces 4 années, j’aimerais faire quatre ans de plus en médecine ou dentisterie (deux ans d’étude puis deux ans de pratique) mais je devrai les financer moi-même et ça coûte très cher. Il me reste deux ans pour trouver une solution financière. Je ne sais pas non plus si je vais revenir en Belgique ou rester aux Etats-Unis. Je ne suis pas sûre que le diplôme soit reconnu en Europe. Si j’arrive à devenir médecin, je devrai donc pratiquer là-bas.

Comptes-tu reprendre les tournois ?

Je ne pense pas, non. Mais qui sait ? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !